mardi, 01 avril 2008
Charles Baudelaire
Baudelaire ouvre ses poèmes avec les fulgurances des plus grands... puisque c'est un grand.
(Correspondances)
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L' homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
(L'Ennemi)
Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.
(La vie antérieure)
J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques...
(Spleen)
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits...
(La Mort des amants)
Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux...
méditez, méditez, il en restera toujours quelque chose...
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lundi, 26 novembre 2007
Guillevic 1907-1997
La feuille,
Amie du silence,
Laisse le vent
Parler pour elle.
Breton - poète.
21:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
samedi, 13 octobre 2007
Nâzim Hikmet
Lu dans "Le canapé rouge", un superbe poème de Nâzim Hikmet :

Nous sommes au bord de l’eau,
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.
Notre image apparaît dans l’eau :
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.
Nous sommes au bord de l’eau,
le chat s’en ira le premier,
dans l’eau se perdra son image.
Et puis je m’en irai, moi,
dans l’eau se perdra mon image.
Et puis s’en ira le platane,
dans l’eau se perdra son image.
Et puis l’eau s’en ira,
le soleil restera,
puis à son tour il s’en ira.
Nous sommes au bord de l’eau,
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.
L’eau est fraîche,
le platane est immense,
moi j’écris des vers,
le chat somnole,
nous vivons Dieu merci,
le reflet de l’eau nous effleure,
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.
09:10 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
mardi, 04 septembre 2007
La nuit se sauve par la fenêtre (Brigitte Giraud) Pleine page, 2007
Toutes mes excuses... cette Brigitte Giraud n'a rien à voir avec la romancière (Nico, J’apprends, L’amour est très surestimé…)
Peu importe, cette Brigitte Giraud nous offre un livre de poésie subtil où l’excellente idée vient d’un traitement linéaire (une journée), où se raconte une histoire, celle d’une femme à l’hôpital qui s’éveille aux souvenirs, à la douleur aussi…
Les phrases sont lapidaires mais jamais ennuyeuses, ne cherchent pas l’effet mais le trouvent souvent. Et les mots s’envolent malgré les points, et restent suspendus pour mieux nous imprégner.
Si je devais mettre une note ce serait la meilleure. (n'est-ce pas Hélène ?) C'est à dire 5/5 !!!
Extrait :
« J’aurai abandonné dans la chambre le
désordre de mon corps.
J’oublierai ce qui m’a amené là, sur les
hauteurs de la colline.
Une pesanteur se détachera de moi en
longues bandes de fumée.
Le silence sera lisse. »
(page 73)
14:35 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
mardi, 10 avril 2007
De l'amitié
Pour l'amitié dont je parle, nos âmes se mêlent et se confondent l'une à l'autre, d'un mélange si universel qu'elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sais que cela ne peut s'exprimer qu'en répondant : "Parce que c'était lui, parce que c'était moi."
09:59 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
vendredi, 24 novembre 2006
Le déclenchement muet...
Le déclenchement muet des opérations cannibales (Jérôme Leroy)
Si je suis sensible aux saisons
Comme un arbre ou comme une fille
Aux derniers printemps aux cerisiers du Japon
Dans l’avenue où bientôt gronderont
Les combats de la guerre civile
C’est que je suis ce sismographe sentimental
Qui enregistre par prémonition
Les derniers printemps les dernières saisons
Qu sait la rumeurs des émeutes
Dans les pétales blancs et roses
Et le sang de la fin
Dans la douceur des choses
22:13 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 20 novembre 2006
Le déclenchement muet des...
Le déclenchement muet des opérations cannibales (Jérôme Leroy)
Avance (p.41)
Une très légère avance
Sur le temps
Une très légère avance
Sur le souffle
Une très légère avance
Sur le plaisir
Une très légère avance
Sur le ciel
Une très légère avance
Sur la fin
Et puis à la fin
Plus d’avance du tout
10:15 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
vendredi, 10 novembre 2006
Le déclenchement muet...
Le déclenchement muet des opérations cannibales (Jérôme Leroy)
Craie (p.29)
Nous nous souviendrons des saisons de craie
Le temps gris les nuits l’après-midi
La folie si lente et la mélancolie
Et puis aussi
L’odeur des filles après la pluie
Ce sera bien sûr sans nostalgie
Les saisons de craie n’est-ce pas avaient
Le visage même de notre mort
Et à tout perdre le bleu de la fin du monde
Aura lui
Le charme ultime des premières amours
Retrouvées trop tard presque par hasard
Avec l’or d’une blonde
Qui tourne au coin de la cathédrale
Dans une ville du Sud aussi belle que cette vie
Où nous ne faisions que passer
photo de Pierre-Olivier Fineltin
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dimanche, 05 novembre 2006
Le déclanchement muet... (Equateurs, 2006)
Actrice (p.53)
La fin du monde viendra
Et elle aura les yeux
De Scarlett Johansson
in "Le déclenchement muet des opérations cannibales (Jérôme Leroy, Editions des Equateurs 2006)"
Et moi j'suis d'accord avec la fin du monde...
21:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 02 octobre 2006
Khalil Gibran, poète et immortel (1883 - 1931)
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à la Vie.
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne sont pas à vous.
Vous pouvez leur donner votre amour, mais pas vos pensées.
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez héberger leurs corps, mais pas leurs âmes.
Car leurs âmes résident dans la maison de demain que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux, mais ne cherchez pas à les faire à votre image.
Car la vie ne marche pas à reculons, ni ne s'attarde avec hier.
Vous êtes les arcs desquels vos enfants sont propulsés, tels des flèches vivantes.
L'Archer vise la cible sur le chemin de l'Infini, et Il vous tend de Sa puissance afin que Ses flèches volent vite et loin.
Que la tension que vous donnez par la main de l'Archer vise la joie.
Car de même qu'Il aime la flèche qui vole, Il aime également l'arc qui est stable.
in Le Prophète, 1923
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dimanche, 06 août 2006
Rimbaud, Arthur (1854 - 1891)
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme
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vendredi, 04 août 2006
Dohollau, Heather (née en 1925)
Le regard sauvé
Elle était là au bord de la route
Sur un mouchoir d’herbe
Le ciel tombé d’échelle se tenait tout près
En un lieu où les poètes traçaient la terre
Dans le mystère des noms
L’or propre aux fenêtres brillait en son regard
Qui voyait déjà le monde dans la distance du temps
13:28 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mardi, 01 août 2006
Desbordes-Valomore, Marceline (1786 - 1859)
A mes enfants
Quand le soleil y passe, ouvrez votre fenêtre ;
Lui seul sait essuyer l’humide et sombre hiver.
Si le bonheur absent vient pour vous reconnaître,
Que votre cœur charmé, tout grand lui soit ouvert !
Gardez-vous de bouder, enfants, contre vous-mêmes.
Sachez : l’or est moins pur qu’un tendre et doux conseil.
Enfants : ne pas sourire à l’ami qui vous aime,
C’est tourner le dos au soleil.
07:30 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
dimanche, 30 juillet 2006
Eluard, Paul (1895 - 1952)
Et quand même un petit poème pour se remettre en route....
L’amoureuse
Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.
Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s’évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.
09:55 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
jeudi, 06 juillet 2006
Prévert, Jacques (1900 - 1977)
Et puis quand même, un petit poème pour se dire qu'on s'aime...
Les enfants qui s’aiment
Les enfants qui s’aiment s’embrassent debout
Contre les portes de la nuit
Et les passants qui passent les désignent du doigt
Mais les enfants qui s’aiment
Ne sont là pour personne
Et c’est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit
Excitant la rage des passants
Leur rage leur mépris leurs rires et leur envie
Les enfants qui s’aiment ne sont là pour personne
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
Bien plus haut que le jour
Dans l’éblouissante clarté de leur premier amour.
17:40 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mardi, 04 juillet 2006
Hugo, Victor (1802 - 1885)
Voici que la saison décline
Voici que la saison décline,
L’ombre grandit, l’azur décroît,
Le vent fraîchit sur la colline,
L’oiseau frissonne, l’herbe a froid.
Août contre septembre lutte ;
L’océan n’a plus d’alcyon ;
Chaque jour perd une minute,
Chaque aurore pleure un rayon.
La mouche, comme prise au piège,
Est immobile à mon plafond ;
Et comme un blanc flocon de neige,
Petit à petit, l’été fond.
11:18 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
vendredi, 30 juin 2006
Mallarmé, Stéphane (1842 - 1898)
Brise marine
La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe,
ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !
Un ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles ilôts.
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots.![]()
"Pas l'un des plus faciles... pas l'un des moins talentueux..."
16:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mardi, 27 juin 2006
Laabi, Abdellatif (né en 1942)
Deux heures de train
En deux heures de train
je repasse le film de ma vie
Deux minutes par année en moyenne
Une demi-heure pour l’enfance
une autre pour la prison
L’amour, les livres, l’errance
se partagent le reste
La main de ma compagne
fond peu à peu dans la mienne
et sa tête sur mon épaule
est aussi légère qu’ une colombe
A notre arrivée
j’aurai la cinquantaine
et il me restera à vivre
une heure environ
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lundi, 22 mai 2006
L'étoile a pleuré... LE poème sans doute le plus beau
L'étoile a pleuré rose...
L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles,
L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins;
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.
Arthur Rimbaud (1854-1891)
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