jeudi, 10 avril 2008
Pourquoi Lire ?
Vous êtes vraiment sympas... intelligents... cutivés... (technique de fayotage empruntée à Laurent...), mais j'ai vraiment savouré vos réponses et votre pertinence. Chapeau !
Petite récap' des réponses glanées ici où là :
Jack , qui a dégainé plus vite que son ombre, est tout de même gêné aux entournures (notez bien qu'il a besoin qu'on le lance) et trouve la question très intime... Il justifie d'un tête à tête (c'est bien vu !), un rendez-vous (pas faux) et parle d'un lien... qu'il se refuse d'évoquer... [le lien a-t-il à voir avec le cordon ombilical ? (c'est une question Jack)]. Il évoque donc la pudeur et la difficulté de la question... mais donne malgré tout quelques pistes : oublier, s'instruire, rêver, sont les trois mamelles nourricières de son intellect. Faut ajouter la découverte, les belles histoires, les belles lettres, les belles phrases...
"Enfin, plus prosaïquement, ça me détend." Voyez qu'il faut visiter plus souvent son site, ça rend intelligent !
Bon il évoque la notation, j'y reviendrai... (Vous me mettez combien professeur Philo(u)?)
Cathe elle, se foule pas. Elle pompe tout sur le voisin genre pas mieux que Jack (ah les femmes !). "J'ai envie de tout recopier ce qu'il a écrit !" non seulement elle le dit mais elle le fait ! L'intimité, la distraction la compréhension des autres, mettre des mots sur des sensations et des sentiments, apprivoiser la mort, pour.. pour... Puis on revient à la copie de philo (à mon avis ils ont tous subi un traumatisme écolien...)
L'évasion toujours avec Sylire le rêve, et...apprendre... un complément aux expériences, aux découvertes.
Dasola lis pour... l'objet. Ludique Dasola : passe-temps, plaisir, bonheur... c'est vrai avec mes questions à la... noix, pourrait faire tellement autre chose...
Soma : n'a pas de réponse...
Elle dit joliment : "La philo ne demande pas une réponse, mais une réflexion..." Joli !
Pas pour découvrir ? Non ! Pour le plaisir ? (chanson bien connue) Mais le plaisir de quoi ? Et elle entame la différence, parait-il, entre filles et garçons : romans pas essais.
Découvrir une histoire, rentrer dans des vies, sentir une autre réflexion sur soi, la vie, etc... Et elle évoque sa terminale ! (traumatisme écolien je vous dis...)
Puis elle me bisouille mais ça c'est entre nous.
Red addict, qui n'aime pas les questions sans réponses, a répondu : instruction, détente, découverte, voyage, rêve... Mais aussi pour fuir. "Fuir un monde de plus en plus dur, de plus en plus cruel, et s'immerger dans un monde meilleur, pour se redonner courage et espoir...
Elle s'accorde une parenthèse pour se ressourcer, mais relève le risque de privilégier une vie rêvée à une vie réelle... "là je fais mon malin en citant Proust qui a une jolie formule sur ces êtres qui n'étaient que de papier..." Compare la lecture à une drogue et se persuade que l'addiction n'est pas si terrible que ça... Même si elle est incontrôlable dans une librairie (et seulement là ?) et s'angoisse de savoir si elle a suffisamment de livres pour ses vacances (comme moi !!!).
Laure ne croyait pas répondre à une question aussi difficile. (C'est bien les femmes ça !) Et parle de l'école... (traumatisme écolien là aussi)
Puis elle dit "Bref, pourquoi je lis ?" mais répond longuement (qui a dit toutes les mêmes ? - c'est pas moi !)
Un besoin naturel (respirer, dormir, boire et manger... il faut noter l’ordre des choses, dit-elle....)
Et comme dans toute bonne disert', cite Oscar (Wilde), et confie "aimer retrouver sa vie dans un roman, ça lui est arrivé trois fois très exactement, et elle ne s'en est toujours pas remise".
Repos, réconfort, détente, puis, pour noyer le poisson, fait de l'humour avec le chat !
Parce que j’ai grandi avec les livres, dans un foyer où pourtant il n’y en avait pas (sic, Laure, sic !), qui sont restés fidèles, eux. (bien souligné)
Répète après "parce que" (3 fois), la fatigue sans doute... et avoue finalement être payée pour ! Puis se récusent. Mais nan c'est pas vrai ! C'est des idées reçues ! "mon oeil !"
Kactuss, ah Kactuss... soulève un problème essentiel : "...pendant ce temps ma femme me fiche la paix."
Et ça le fait marrer, croyez-moi ! Notez que moi aussi, ça m'a fait rire. Ben oui le rire ça se contrôle pas !
BenoitD fayote, il trouve la question bonne ! (tant que c'est pas ma femme...)
Tamara (encore une femme) a besoin du w-e. (là j'ai rien dit !) ...mais dit qu'elle aime ça... parce que... s'évader, voyager, se faire de nouveaux amis (là elle drague les bloggeurs !), se procurer des émotions en tout genre à moindre frais (radine !)
Voit dans la lecture le passé, le présent, le futur, et menace de me pêter la gueule, je crois. (c'est ce que j'ai compris si je continue avec mes questions à la con !)
Laurent , à la bourre (qui a dit comme d'hab', Cathe ?) et répète la question (comme tous les garçons, il aime gagner du temps) : pourquoi lis je ?
Par plaisir ! Les mots stimulent l'imagination, permettent l'évasion et la découverte. Le plaisir est là. La différence avec un film (bien vu Laurent) est qu’il (le livre pas le garçon) s’installe dans la durée, qu’il fait sa place progressivement, se conçoit dans le temps. Plus passif est-il devant un film; les images, dont il ne peut se passer, ont sur lui un pouvoir fort et destructeur qui réduit son sens critique. Avec un livre ces émotions sont aussi fortes mais s’installent.
Apprendre. Et nous balance une belle phrase : "la littérature est une fenêtre sur les siècles". Ouais, joli !
"L'un des derniers grands espaces de liberté, loin d’une société où l’on demande de consommer pour l'intérêt de notre pays, bien avant de penser."
Partager. Si la lecture est un plaisir solitaire, il est vraiment bon de pouvoir le partager. Un livre peut rapprocher ou diviser mais crée le dialogue et parfois le débat.
Enfin il avoue, oui... il est vénal ! (et retour aussi sur le traumatisme écolien...) et que tout ça, c'est pas très sympa.
Et Soma s'impatiente (encore une femme !), elle veut une note (comme quoi philo-école, même combat)
Anne a eu besoin de temps (ah les femmes !) a bien réfléchi... mais s'excuse de ne pas être originale : rêver, voyager, comprendre, apprendre. Elle avoue, oui elle avoue : sa propension excessive à l'introspection. Et sans lecture, attention à l'internement ! (brrrrr)
Bon vous n'avez peut-être pas remarqué que le seul à ne pas avoir répondu à la question, c'est lui !
Et si on parlait maintenant de la misogynie ?
18:15 Publié dans amis blogueurs | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note



Commentaires
ben oui, j'ai vrament grandi dans une famille où à part le dico, on n'avait quasi pas de livres, la lecture, mes parents, c'était pas leur truc. Mais j'ai vraiment grandi avec les livres aussi, parce que j'ai souvent squatté la bibliothèque municipale gratuite d'à côté...
Ecrit par : Laure | jeudi, 10 avril 2008
Mais oui, je suis taquin Laure... pareil que toi pour moi sauf que je n'avais même pas une bib à proximité...
Ecrit par : Philippe | jeudi, 10 avril 2008
pas beaucoup d'intérêt, mais de même que je n'aime pas les questions sans réponse, je n'aime pas les imprécisions (je suis très psychorigide!). donc red addict est une fille, de son prénom Sophie...
et merci de me rassurer, je ne suis donc pas la seule folle à angoisser à l'idée de partir en vacances sans assez de livres!
Ecrit par : red addict | jeudi, 10 avril 2008
puis vous comprendrez tous que c'est du "juste pour rire"...
Ecrit par : Philippe | jeudi, 10 avril 2008
Avis aux profs de philo: ce billet-dissert vaut quelle note?!
Ecrit par : Anne | vendredi, 11 avril 2008
@red addict : gloups ! de là où j'étais... je rectifie de suite...
@Anne : toi, nous mettrais-tu une bonne note ????
Ecrit par : Philippe | vendredi, 11 avril 2008
Bah oui, j'avoue tout : je ne tiens un blog littéraire que pour draguer et je rêve de te casser la figure ! ;-))))
Ecrit par : Tamara | vendredi, 11 avril 2008
Oh là là, faut que j'arrête de bisouiller (sale réflexe !)
Jolie récap... délirante & sympa !
A mon avis,je ne sais pas si bcp aurait la moyenne... ms est-ce si important ??? non !!!allez, stop le traumatisme de la terminale & des cours de philo !!!!
Je te bisoute qd mm ! (d'ailleurs, je bisouTe, je ne bisouILLe pas)
Somaaaaaaaaaaa
Ecrit par : Soma | vendredi, 11 avril 2008
@ Soma : t'arrête pas de bisouiller, c'est tellement sympa. Pour la note, seul ou seule, je ne sais pas... mais tous ensemble, ça a de la gueule j'ai l'impression.
Ecrit par : Philippe | vendredi, 11 avril 2008
Et qui te dis qu'en plus d'être un maitre en fayotage et totalement vénal je n'ai pas tendance, comme les livres à m'installer dans la durée ;-)))) Pour la misogynie, je ne prendrai pas le risque d'être le premier... En plus je suis donc lâche... Décidément je ne parait pas très vendeur :-)
Ecrit par : Laurent | vendredi, 11 avril 2008
@ Laurent : hi hi hi
Ecrit par : Philippe | vendredi, 11 avril 2008
Ah ah ah ! oui, la misogynie c'est quand que tu ouvres le sujet !! Je crois que je peux faire fort la-dessus !!
Ecrit par : Kactusss | mardi, 15 avril 2008
Moi je ne suis ni intelligent, ni cutivé... à la limite un peu sympa... mais c'est tout. Merci Philippe !
Ecrit par : Kactusss | mardi, 15 avril 2008
Jack oublie de dire que quand il lit Rotrou, il s'emmerde consciencieusement ... et il a aussi lu Proust ! Jack lit avec beaucoup de sérieux.
Il n'a pas fini Venceslas (de Rotrou) mais il a tenu sur beaucoup plus de pages que n'importe quel humain normalement constitué. Bravo Jack.
Moi, j'ai lu pour vivre autre chose, tout simplement, et jusqu'à 30 ans à peu près. Maintenant que je vis ce qui me plaît, je lis moins. Je lis pour la beauté du geste, pour répondre à mes questions... et je lis des blogs ^^
Ecrit par : Ellie | mardi, 15 avril 2008
@Kactuss : ce que tu peux être succeptible parfois... Tu me fais rire, c'ets pas donné à tout le monde (quoique...)
@ Ellie : merci de toutes ces précisions concernant Jack.
Ecrit par : Philippe | mercredi, 16 avril 2008
Je lis pour toutes les raisons évoquées dans les différents commentaires et en plus pour une raison passée sous silence, même si elle n'est pas la principale, POUR FAIRE VIVRE LES PETITES LIBRAIRIES !
Ecrit par : Moustafette | jeudi, 17 avril 2008
Voici quelques citations glanées au fil de mes lectures que j'avais postées sur mon blog il y a quelques temps pour étoffer les dissertations des philosophes en herbes ou en bottes de foins qui se demandent pourquoi lire:
"Les livres sont faits pour explorer des moments de bascule, des gouttes d'eau qui font déborder le vase, des failles" Olivier Adam
Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé.
Montesquieu, Mes pensées
Moi-même je cherche à comprendre, et c’est en partie l’objet de ce livre : comment les livres, qui sont des choses, ont-ils ce pouvoir d’aider les hommes à vivre – car il s’agissait bien de cela pour moi : ne pas mourir de douleur ? […] Car les mots pansent : eux par quoi s’élaborent la pensée – on disait autrefois le pensement – prennent soin aussi de nos blessures.[…] Car si les mots ne sont pas mes seules amours, seuls ils rendent possibles tout amour : s’ils me quittent, je sais avec certitude que je n’aimerai plus après eux rien ni personne. Les mots seront mon dernier amour.
Camille Laurens, Quelques-uns
Les invités partis, Peter déclara, citant Goethe ou quelque autre célébrité : « Ces gens sont plutôt agréables, mais, eussent-ils été des livres, je ne les aurais jamais lus. »
Ruth Rendell,
Jeux de mains
Il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré.
Marcel Proust, Pastiches et Mélanges
Je sentis avant de penser : c’est le sort commun de l’humanité. Je l’éprouvais plus qu’un autre. J’ignore ce que je fis jusqu’à cinq ou six ans ; je ne sais comment j’appris à lire ; je ne me souviens que de mes premières lectures et de leur effet sur moi : c’est le temps d’où date sans interruption la conscience de moi-même.
Jean-Jacques Rousseau,
Les confessions
J’ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres. Dans le bureau de mon grand-père, il y en avait partout ; défense était faite de les épousseter sauf une fois l’an, avant la rentrée d’octobre. Je ne savais pas encore lire que, déjà, je les révérais ces pierres levées ; droites ou penchées, serrées comme des briques sur les rayons de la bibliothèque ou noblement espacées en allées de menhirs, je sentais que la prospérité de notre famille en dépendait.
Jean-Paul Sartre, Les mots
Les livres me donnaient confiance. Sentiment assez indéfinissable. Ils représentaient une force sûre, un secours permanent. Toujours réceptif, un livre ! A la première lecture on a laissé une marque à telle ou telle page, le coin plié, c’est le passage qui répondait à une préoccupation, à un doute. Le dialogue est ininterrompu. D’autant plus vaste qu’on y ajoute tout ce qu’on veut. L’auteur ne fait que poser les jalons indispensables.
Louis Calaferte, Septentrion
- […] Est-ce que les livres peuvent nous aider ?
- Seulement si le troisième élément nécessaire nous est donné. Un, comme je l’ai dit, la qualité de l’information. Deux : le loisir de l’assimiler. Et trois : le droit d’accomplir des actions fondées sur ce que nous apprend l’interaction des deux autres éléments.
Ray Bradbury,
Farenheit 451
Dans les dernières années du XXe, et les premières années du siècle suivant, on prophétisait en ricanant que ce genre de lieu n’en avait plus pour longtemps. Fini les petites librairies ! Moribond, ce type de commerce… C’est surtout au papier qu’on en voulait, et à l’encre. L’encre des stylos comme l’encre d’imprimerie : une vieillerie salissante. Mais on en voulait aussi à ces petits réservoirs de pensées, de visions, de paroles qui se déploient, de page en page, tout en demeurant extraordinairement compacts, bien fermés sur eux-mêmes, prêts à être cachés dans une poche, emportés en voyage, et ouverts n’importe où, n’importe quand. Parcourus. Dévorés. Feuilletés. Sans électricité. Sans écrans. « Devine où je suis en train de lire les Stances d’Agrippé d’Aubigné ou le traité de la réforme à l’entendement ! » Dans un train. Le creux d’un rocher au bord de la mer. Dans mon lit. Dans une foule. Dans des chiottes. Un bain moussant. A la lumière d’une lampe frontale au pied d’une dune, en plein vent.
Chaleur des livres achetés dans des librairies, livres précieusement gardés, offerts ou abandonnés à leur destin surprenant. Déchirures, jaunissement, oubli et redécouverte.
[…] Vollard n’avait jamais conçu la littérature comme un apaisement, ni la lecture comme une consolation. Au contraire. Lire follement, comme il avait toujours lu, consistait plutôt à découvrir la blessure d’un autre. Blessure d’un type seul, désarroi d’une femme seule. Lire consistait à descendre en cette blessure, à la parcourir. Derrière les phrases, toujours entendre des cris.
Pierre Péju, La petite Chartreuse
On ne lirait pas, rien, si ce n’était par peur. Ou pour renvoyer à plus tard la tentation d’un désir destructeur auquel, on le sait, on ne saura pas résister. On lit pour ne pas lever les yeux vers la fenêtre, voilà la vérité. Un livre ouvert c’est toujours la présence assurée d’un lâche – les yeux cloués sur ces lignes pour ne pas se laisser voler le regard par la brûlure du monde – les mots qui l’un après l’autre poussent le fracas du monde vers un sourd entonnoir par où il s’écoulera dans ces petites formes de verre que sont les livres – le moyen le plus raffinés de battre en retraite, voilà la vérité. Une obscénité. Et cependant : la plus douce. […] Qui peut comprendre quelque chose à la douceur s’il n’a jamais penché sa vie, sa vie tout entière, sur la première ligne de la première page d’un livre ? Non, l’unique, la plus douce protection contre toutes les peurs c’est celle-là – un livre qui commence.
Alessandro Barrico,
Le château de la colère
Les livres ne sont pas des saintes reliques, lui avait dit Tréfusis. Les mots sont peut-être ma religion, mais quand il s'agit de culte je suis vraiment de la basse Eglise. Les temples et les images gravées ne m'intéressent pas. La superstition mammaire qu'éprouve le bourgeois obsédé par les livres, je trouve ça du dernier ennui. Songez combien d'enfants sont dégoûtés de la lecture par ces petits gens bégueules qui les enguirlandent chaque fois qu'ils tournent une page sans fiare attention. Le monde aime tellement rabâcher qu'il "faut traiter les livres avec respect" ! Mais quand nous dit-on que les mots doivent être traités avec respect ? Depuis notre plus jeune âge, on nous apprend à ne révérer que l'extérieur et le visible. Ces littéraires blafards qui divaguent sur l'"objet" livre.. Eh bien oui, il se trouve que c'est une édition originale. Un cadeau de Noël Annan, pour vous dire. Mais je vous assure qu'un infect livre de poche à la couverture jaune m'aurait été aussi utile.
Stephen Fry, Mensonges, Mensonges
Ecrit par : christophe fétat | dimanche, 27 avril 2008
Ecrire un commentaire